Les grands chantiers de Montereau-Fault-Yonne 2003/2008
Mars 2006: l’UNESCO, a attribué le prix spécial du jury à Siloé pour l’ensemble de son œuvre dans les quartiers de France à l’occasion de la manifestation sur le Pari(s) du vivre ensemble.
C’est en mars 2003 que j’ai proposé à Yves Jégo, Président du GIP de Montereau-Fault-Yonne, de mettre en œuvre des séries de prises de vue sur le thème des Photos de Famille. Celui-ci me proposa alors de « rendre compte » aussi des grands chantiers de reconstruction de sa ville. Son engagement me paraissait sincère et c’est avec enthousiasme que je répondais à cette demande. La « carte blanche » que me donnait Yves Jégo, les possibilités offertes par le numérique pour le traitement de la couleur et l’importance de ces grands chantiers de France me permettaient de travailler sur un sujet qui est au cœur de l’histoire contemporaine de mon pays et j'étais ici en plein accord avec mon engagement de vingt ans dans les quartiers de France.
J'ai mis en œuvre mon travail dans une logique de mémoire collective et de témoignage artistique du patrimoine national en prenant l’exemple d’un quartier de France situé sur un territoire donné au moment de sa transformation. Une édition et une exposition étaient la suite logique de ce travail, mais entre temps Yves Jégo était évincé du gouvernement un an à peine après y être entré et mon travail qui rendait compte de la Politique de la Ville cessait brutalement de l'intérresser. Pourtant quelques mois avant celui-ci m'écrivait: « …La qualité de votre travail, la finesse d’approche, la sensibilité et l’humanité émanant de vos photographies apportent la réponse exacte à mon souhait de faire entrer ce grand chantier tant dans l’histoire de notre pays que dans les albums de famille… »
Cette "aventure" est pour moi l’exemple parfait qui démontre que l’œuvre d’art ne vit pas sur le même temps que celui qui anime la vie quotidienne ou politique. A la demande d'un homme politique, j’ai travaillé pendant cinq ans à rendre compte au mieux de la reconstruction de la cité dans notre pays. Mais alors que mon travail de prises de vue s'achevait le projet d'exposition et de livre n'entraient plus dans les ambitions de celui qui m’avait fait venir dans Montereau. Entre temps, ses stratégies de communication avaient changé. Ce malentendu qui existe parfois entres les commanditaires et les artistes est de tout les temps et les créateurs qui vivent cette expérience ont alors le sentiment d’avoir été manipulés et utilisés et c'est la pertinence même de leur œuvre qui est remise en cause et ruinée.
Mais, quand le travail est fait et si l'oeuvre "sonne" juste, l'artiste sait que rien ne peut « l’effacer. » Le commanditaire indélicat sera déjà oublié alors que l' œuvre résonnera encore bien au-delà du lieu où elle a trouvée naissance. Ces photographies de chantier sont aussi devenues pour moi une formidable banque d'images pour la réalisation de mon travail sur l'art fantastique et le merveilleux.
Christian Siloé
15 octobre 2009
Dernière mise à jour: 15 octobre 2009
















