
… J’ai regardé longuement vos photos. Dans notre trépidante vie quotidienne, nous ne faisons que croiser les passants, ne leur accordant qu’un regard rapide. Là, ils posent, sur l’immatérialité d’un fond noir et les silhouettes agitées, entrevues en coup de vent dans la rue, prennent une densité, une humanité, qu’on ne leur connaissait pas. On rencontre enfin nos contemporains ! Votre travail est beaucoup plus qu’une simple « prise de vue », grâce à lui on peut faire mieux que regarder : contempler, et surprise, on ne savait pas que nos voisins étaient si beaux ! Car certaines photos sont parentes de la grande peinture de portrait : la jeune femme noire, assise sur son fauteuil, a la douce noblesse des Madones. D’où l’on voit que l’esthétique, loin d’être un enjolivage fallacieux, est le révélateur de l’être. Vous avez le don de saisir les psychologies, les individualités profondes sans les violenter : il y a une composition des lignes des corps, un soin accordé aux lumières, mais tout a l’air si naturel… Comment faîtes-vous… ? Christine Sourgins Auteur du livre Les mirages de l’Art contemporain Editions de La Table Ronde Les Nus: La profondeur noire de la caverne L'oeuvre de SILOE pourrait être comprise comme une recherche sur les problèmes fondamentaux du dessin transportés dans les qualités propres à la photographie. Problème de la ligne devenu celui de la rencontre entre ombre et lumière, problèmes du tracé devenus ceux de la trace, problèmes des volumes devenus ceux des plages noires, grises ou blanches. Cette oeuvre vigoureuse, et souvent visuellement impérieuse, bourrée d'énergie, est aussi celle d'une méditation tranquille sur ce que suggèrent les taches qui maculent la surface des photos, taches sombres ou claires qui font la réalité de l'image. Plus forte est la conscience des éléments simples en quoi cette image consiste réellement et plus intense est le sentiment de ce qu'ils évoquent en notre imaginaire. Comme souvent dans les oeuvres essentielles du dessin et de la peinture nous sommes ici au plus près de ce qui fait la sculpture. Et de façon plus décisive encore SILOE surmonte le côté un peu elliptique et factuel des contours dans les photos ordinaires pour une monumentalisation de la construction des plans et des volumes. Les formes tangibles de la matière modelée ou taillée et les formes d'illusion issues de la rencontre de la lumière et de l'ombre révèlent ici leur secrète, et très profonde, et très émouvante parenté. Ce n'est pas par hasard si cet artiste a été particulièrement inspiré par les fresques préhistoriques, où les reliefs et les accidents de la pierre sont en originelle complicité avec les surfaces peintes et les traits de contour; là où l'oeuvre est née de ce que la lumière clignotante des lampes à huile permettait d'arracher à la profondeur noire de la caverne. Jean-Claude LEMAGNY Photos de Familles Je tiens beaucoup à vous remercier aussi par écrit pour le magnifique ensemble que vous venez de déposer dans nos collections. J’apprécie vos portraits pour leur approche psychologique et plus encore pour leur composition riche et forte, presque baroque, et qui leur donne une place à part dans ce genre souvent traité de façon conventionnelle…. Jean-Claude LEMAGNY Un étrange équilibre, un climat de sérénité ordonné émane des oeuvres de SILOÉ et ORELLANA. Cette impression de calme et de solidité vient d'abord de leur recours à des formes élémentaires appréciées des hommes depuis l'origine de l'humanité. Mais je perçois dans les réalisations de SILOÉ et ORELLANA quelque chose de plus pénétrant encore : il n'est pas sans importance que les deux artistes interviennent sur la même surface et fondent leur production dans une oeuvre commune. N'y a-t-il pas encore dans cette démarche, comme un symbolique retour aux origines, aux âges lointains des artistes anonymes qui, des auteurs de palimpsestes des grottes peintes aux constructeurs de cathédrales, ont ajouté inlassablement leurs rêves en une communion et une création perpétuellement vivantes sur le même support, dans le même lieu, par-delà les générations et les siècles ? N'y a-t-il pas dans l'intégration de la photographie et de la peinture, techniques moderne et traditionnelle, un rappel de l'ambition première de l'oeuvre d'art qui d'emblée fut à la fois un jeu de formes, de couleurs et de volumes, une synthèse des techniques, en un temps où chaque oeuvre était une sculpture peinte associée à un chant rituel ? Le travail de ces artistes est lourd de sens : du noir et du néant, le photographe fait émerger les symboles suscités par la lumière, comme de l'obscurité de la caverne peuplée d'esprits et des limbes profonds de la roche, le chamane préhistorique tire les formes ou les créatures qu'il porte à l'existence par la lueur de sa lampe... puis le peintre exalte l'apparition, la confirme par des tracés triomphants qui s'inscrivent sur la roche ou... le papier... J'y vois comme l'illustration d'un mythe de la création du monde ou, plus précisément, de la naissance des images, de la création artistique elle-même. Michel LORBLANCHET, Spécialiste d'art préhistorique Directeur de recherches au C.N.R.S. Sur ces portraits on peut lire les messages éternels d’un passé présent familial. Mireille BRAVO Comité de Rédaction PHOTOGRAPHIES- MAGAZINE Destruction contructives Les photographies de Christian Siloé ne sont pas seulement admirablement cadrées, magnifiquement contrastées, réalistement colorées, elles refusent de se taire, elles murmurent la peur d’être délogé, de perdre ses copains d’école, de n’avoir plus d’adresse, d’obtenir un logement plus petit ou moins bien situé. Elles laissent entendre des bribes de conversation, les craintes des uns, les certitudes des autres, des rires aussi et des sanglots bien sûr, tant la limite entre le chagrin et la joie est diaphane, hésitante, cristalline. Ces photographies parlent d’elles-mêmes. D’accord. Elles témoignent aussi du temps qui imprègne ces murs chancelants, ces buttes de graviers, ces tas de sable, ces parpaings que les maçons vont assembler. Le temps est constitutif de l’espace. Indiciblement. Il accueille la délicate liaison qui unit la terre et le ciel. Ces photographies font le lien entre ces deux éléments que certains considèrent comme désuets, inopérants, incongrus, datés. Pourtant, malaxer la glaise, retourner la terre, mouler l’argile sont des gestes sans âge, que chacun effectue avec sérieux, attention, grâce. Comme si la terre le rassurait, lui conférait son statut d’humain, c’est-à-dire de terrien. Avoir les pieds sur terre est un attribut anthropologique, non ? Et le nez au ciel ? Pour saisir le sens du vent ? Non. Pour respirer, s’évader, voyager, communiquer, grandir ! L’idéal serait de tenir les deux, la terre et le ciel, ensemble. Les deux engendrent la vie, la rendent habitable. C’est pour cela qu’une architecture incapable de caresser le ciel, de pactiser avec lui, s’avère définitivement inhospitalière. Le toit, sa forme, ses matériaux, ses couleurs, expriment cette tension entre la terre et le ciel, qu’il convient de pacifier. Entre le toit-terrasse de la tour et le toit à deux pentes des maisons en bande, le signal n’est guère évident. Et si la terre et le ciel ne se rencontrent pas, ou le font dans de mauvaises conditions, vont-ils donner aux humains la magie de leur symbolique respective ? Le photographe en doute, il a bien compris que c’est l’horizontalité qui prime chez les fabricants d’habitats sociaux, pas la verticalité, pas ce qui se dresse, qui tient droit, qui est debout et en est fier. Les photographies, ces photographies-là, refusent le pathos et épousent l’ethos, elles confient que les fers torturés, les brisures du béton, les éboulements des murs et des parois, l’effondrement des façades, toute cette matière gâchée, ne sont que la métaphore de l’obsolescence programmée des hommes et des femmes. La destruction des humains par le chômage, l’échec, l’insécurité sociale, la délocalisation, la ségrégation, que sais-je encore, qui à l’image de ces habitations ne peut être stoppée que par la construction, le redémarrage, le renouveau, la dignité recouvrée. Ces images montrent la destruction constructive, telle une éclaircie dans un ciel tourmenté. Thierry Paquot Editeur revueURBANISME Cela donne des images fines, devant lesquelles on peut deviner du passé, des traditions, de la solitude et aussi de la tendresse, car ce regard là n’est jamais morbide. Mathias SCMIT Rédacteur en Chef Photomagazine
Photos de Familles
Ancien Conservateur en Chef, chargé de la Photographie
contemporaine à la Bibliothèque Nationale de France
Cher Monsieur,
Ancien Conservateur en Chef, chargé de la Photographie
contemporaine à la Bibliothèque Nationale de France La Caverne d’Orellana et de Siloé
Catalogue de l'exposition présentée par la Région Haute-Normandie
dans l'Hôtel de Région ( Rouen 15 nov/ 1 mars 1997 )
Le sens de la symétrie est apparu il y a quelques trois cent mille ans chez les Pithécantropes acheuléens. La recherche de la perfection des contours ovalaires, triangulaires et circulaires de leurs bifaces dépassait largement la fonction utilitaire des outils. Ainsi, des centaines de millénaires avant la naissance de l'art figuré, l'homme est déjà un « Homo esthéticus ».
Les formes géométriques simples, cercles, arceaux, motifs tridentés, réapparaissent dans l'art rupestre le plus ancien du monde découvert en Australie il y a une dizaine d'années et daté de 40 000 à 50 000 ans.
Les barres tridentées à leurs extrémités sont également des universaux dans l'art préhistorique du monde. Refusant l'anecdotique et l'individuel, réduisant sa silhouette à un schéma linéaire, elles symbolisent l'Homme dans son essence. On les retrouve dans les vieux bonshommes « en bâtonnet » de l'Australie, de la Chine, de l'Afrique et de l'art européen postglaciaire.
Ce sont ces formes simples, éternelles et universelles, témoignant de la permanence de l'esprit humain à travers l'espace et le temps qui, dans leurs rigoureuses compositions, rapprochent les oeuvres de SILOÉ et ORELLANA des peintures rituelles, sur écorce d'eucalyptus, des peintures acryliques modernes de l'école de Papunya dans le désert central du continent. Elles se rapprochent aussi des batiks de l'Asie, des toiles teintes de l'Inde ou des indiens d'Amérique...
Photos de Familles
Il n’y a pas d’idée de famille sans décor, sans maison, semble-t’il. Une famille, ce n’est pas seulement une histoire de lignage, c’est aussi une ambiance qui s’y rattache. Pourtant le photographe S I L O E a choisi de photographier des membres d’une même famille sur un simple fond noir, et malgré celà on ne peut se tromper ; ces gens qui se regardent ou qui semblent s’ignorer sont unis par les liens du sang. Ces photographies semblent montrer les visages de ceux qui, plongés un instant dans la pénombre se retrouvent soudain éclairés par les lueurs qui rayonnent autour d’un gateau d’anniverssaire.
Texte publié dans: Revue URBANISME octobre 2007.
Une pelleteuse. Des gravats. Une grue. Des ouvriers portant un casque. Des échafaudages. Pas de doute, c’est un chantier ! Un chantier de construction ? Pas vraiment, car on démolit avant de reconstruire, de réhabiliter, de transformer, de remodeler. On fait du neuf avec du vieux. C’est plus cher. Mais cela répare les erreurs monumentales, dont les initiateurs sont ainsi pardonnés. L’impunité des décideurs est signe du renouveau. Personne n’est invité à s’interroger sur les figures urbaine et architecturale inhabitables dont on va brouiller les traces. Silence.
Photos de Familles
Une vision subversive des liens familiaux dépoussièrant les certitudes….
